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Architecture écologique et respect des autres (Textes)

Voilà vingt-cinq ans, une calculette valait 750 €. Achat inaccessible pour les étudiants en architecture. Aujourd'hui, elles sont données en guise de porte-clefs publicitaires. On vit actuellement une situation comparable dans l’énergie solaire. Le mètre carré de cellules photovoltaïques vaut en moyenne 450 €. Demain - et avant vingt-cinq ans -  il vaudra peut-être 45 €. Ou moins.

Les cellules sont déjà intégrées aux fameuses calculettes qui nous sont offertes. Et pourtant, on continue d’associer ce genre de technologie au monde de la recherche spatiale. Généralement, maîtres d’ouvrage et architectes ne savent même pas à quoi " cela " ressemble, trouvent l’équipement trop coûteux, se retranchent derrière une soi-disant insécurité de maintenance, l’absence de garantie, l’incapacité de gestion, des risques trop élevés, etc.

               

Des centaines de bâtiments sont équipés de cellules pour produire de l’électricité, bien sûr, mais surtout comme signe d’une volonté d’utiliser au maximum les énergies renouvelables. On récupère les eaux de pluie, on n’imperméabilise plus les sols, on plante les toitures, on utilise l’énergie solaire passive.

               

Les industriels allemands ou suisses ont le temps de mettre au point l’ingénierie, les technologies et les produits industriels adaptés aux modes de construction " environnementaux " qui, demain, nous seront imposés (par les directives européennes).

               

Pourtant, chacun est aujourd’hui conscient de la nécessité de préserver notre environnement. Cela concerne non seulement l’architecture, mais aussi (surtout ?) l’urbanisme, et toute la production industrielle ou artisanale des matériaux de construction. Il s’agit pourtant souvent de bon sens, de gestes simples, de bonnes habitudes qu’il faudrait reprendre et que l’on a perdues : se protéger des conditions climatiques néfastes, titrer parti d’une implantation favorisant les apports solaires gratuits ou protégeant le bâtiment des intempéries, stocker l’eau de pluie pour arroser un jardin, gérer et trier les déchets du chantier…

               

On a perdu ce savoir, celui de nos ancêtres ruraux qui adaptaient leurs batillent mais aussi leur mode de vie et leur mode de construction aux conditions géographiques locales. Ce qui a permis de développer ces architectures vernaculaires formidables qui nous servent de modèles passéistes obligés lorsque l’on construit en zone protégée.  Adapter les " must " architecturaux au cadre de vie local

               

Aujourd’hui, on peut construire n’importe quoi n’importe où. Au Cap, à Tokyo, Madrid, Oslo ou Koweït, les mêmes cadres supérieurs parlant anglais, en costume trois-pièces, peuvent travailler dans le même immeuble climatisé, tour de verre et d’acier, avec ou sans atrium. Même la géographie locale peut être transformée : environnement vallonné, petit lac avec pelouses et english borders.

Il est vrai que, sans se préoccuper de considérations environnementales, il n’y a aucune raison pour que les " must " de l’architecture contemporaine ne soient pas déclinés partout de par le monde, adaptés au nombre de mètres carrés nécessaires au maître d’ouvrage.

               

Nous devrions pourtant comprendre que la prise en compte des conditions environnementales est aussi le moyen de respecter les différentes cultures au travers de la relation aux conditions géographiques et climatiques. Ce sont aussi peut-être les contraintes qu’il nous fallait pour renouveler les discours sur la forme architecturale, s’intéresser au bâtiment comme à un organisme vivant, réactif aux conditions d’ambiance aussi bien intérieures qu’extérieures et prendre du recul face à ces " must " glacés, vitrés, qui sont autant d’objet sans échelle ayant atteint la limite de l’architecture minimale sans pour autant nous parler de la frugalité qui a généré autrefois des monuments d’intelligence d’économie constructive.

Les convictions écologistes n’ont rien à voir avec les réflexions passéistes voire réactionnaires. L’écologie, même si elle relève souvent du simple bon sens, peut être aussi technologique. Elle nécessite, de plus, une réflexion sur la notion de confort, qui varie selon les activités des utilisateurs, et donc sur leur mode de vie, leur usage de l’espace.

               

C’est aussi respecter l’autre, sa différence. Au sud de l’Europe, ma première démarche écologiste, c’est le respect de la sieste. En d’autres lieux, ce sera la construction en pisé d’espaces où l’on surfera sur le Net.

               

C’est sûrement refuser une architecture consensuelle et " politiquement correcte " qui se moquerait de l’usage pour ne satisfaire que l’image.

               

 

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