C’est peut-être la mixité culturelle de l’agence, mixité Nord Sud, qui a été et est toujours le facteur le plus déterminant de la spécificité de l’agence. Depuis plus de dix ans, l’agence travaille indifféremment en France, en Allemagne ou en Autriche. Plus que sur une diversité culturelle, c’est sur le contraste des approches sudistes et nordistes, que s’est construite la culture de l’agence. En particulier l’approche environnementale.
Si le projet du Centre de Formation de Herne-Sodingen est un projet manifeste dans ce domaine, les autres réalisations ou projets en cours intègrent à la base cette démarche. Avec ou sans la participation effective du maître d’ouvrage, les objectifs “environnementaux” sont plus que présents. Ils sont déterminants et, plus encore, ils concourent à développer une approche différente, ils suscitent des solutions innovantes techniquement, ils génèrent des combinaisons de volumes et de matériaux inhabituels.
Ils sont pour l’agence des éléments moteurs de la créativité. C’est cette approche qui pourra renouveler l’écriture architecturale, en remettant en question les conventions de l’architecture contemporaine. Elle remet en cause les solutions toutes faites et donne l’espoir d’une alternative au diktat de l’architecture toujours plus lisse, plus transparente, plus élancée, plus immatérielle. Elle redonne du sens à la notion d’usage, de confort, de justice. Elle doit avant tout prendre en compte les désirs, les besoins des Autres. Les autres, ce ne sont plus seulement les utilisateurs, mais aussi les voisins, proches ou lointains, ceux qui vont entretenir le bâtiment, le facteur, les enfants qui jouent dans la cour.
Cette approche environnementale étendue aux aspects sociaux et culturels est surtout développée en Allemagne. C’est avec elle qu’a pu se construire le bâtiment de Herne-Sodingen.
C’est une approche transversale dans la démarche de projet mais aussi fédératrice.
Elle donne à l’agence les moyens de la transgression. Fondée sur l’usage et le bien-être de chacun, elle a permis de développer avec le Maître d’Ouvrage, pour l’Hôpital privé Jean Mermoz, par exemple, en cours de construction, une typologie architecturale inhabituelle pour ce genre de programme. Le seul fait de mettre le patient au centre de la démarche de projet a conduit à superposer ce que l’agence a appelé des “mondes”, sans aucun a priori sur la composition de la façade ou l’ordonnancement des baies. C’est elle qui permet de construire aujourd’hui des pavillons en bois posés sur un terrain de golf planté sur une masse couverte de feuilles d’inox, elle-même posée sur un volume vitré, dont les courbes ont pu se transformer tout au long des études pour pouvoir s’adapter au programme.`
L’approche environnementale donne une liberté formelle que le “bon goût” avait restreint à la production d’objets architecturaux purs, lisses et transparents. Les projets de l’agence, deviennent ainsi , sans préjugé formel, le résultat d’une démarche rigoureuse qui conduit à des choix de matériaux, de forme, de volume qui sont toujours une surprise acceptée puisqu’issue d’une démarche parfaitement rationnelle.
Les projets, basés sur une conception que l’on pourrait appeler organique, sont faits d’éléments assemblés entre eux, généralement irréguliers, mobiles puisque capables de se modifier, grossir ou diminuer, changer de place au fur et à mesure de la vie du projet, puis du chantier.
C’est plus une stratégie qui est mise en place, stratégie permettant de jouer tout au long du processus de conception avec de nouvelles contraintes, des objectifs complémentaires, non identifiés au départ, qu’un travail classique de projet.
Les assemblages sont parfois surprenants, même pour les concepteurs, ils veulent donner du plaisir. Les tableaux exposés ont été pour certains réalisés il y a deux ans. Ils rassemblent toutes les images qui ont fait, de manière foisonnante et désordonnée, la vie d’un projet et d’un chantier. Ils veulent témoigner également de la présence des “Autres”.