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Living in the future La question du logement (Textes)

Comme il est urgent de repenser nos villes, étouffées et étouffantes dans un système urbain hérité du 19 ème siècle, il nous faut repenser nos bâtiments et plus généralement nos modes d’habiter. L’instabilité économique dans laquelle se trouvent nos sociétés occidentales et particulièrement européennes, les problèmes sociaux auxquels nous sommes confrontés, avec l’apparition (la réapparition ou la prise de conscience) de la plus grande pauvreté et précarité de certaines couches de population ne nous autorise plus à reproduire des modèles dont les plus récents datent des années soixante dix.

L’émergence de concepts comme celui du développement durable auquel adhère, sans pour autant prendre les mesures adéquates, la plupart de nos gouvernements, entreprises et particuliers, témoigne de l’urgence  et de la volonté de beaucoup de réformer profondément nos modes de vie, nos lieux de vie, de travail, d’habitat. Nos grandes métropoles affrontent des crises graves de diminution de leur population habitant dans les centres ou de paupérisation, de dégradation de leur patrimoine ou au contraire de transformation des cœurs urbains en villes- musées.

Le sujet du devenir du logement, de la forme qu’il devrait prendre pour répondre aux besoins de générations futures ou tout simplement des quelques décennies à venir ne peut s’envisager que dans le contexte plus général d’un aménagement du territoire qui répondrait aux contraintes ou espoirs, désirs des futurs habitants.

               

Il ne s’agit pas d’un problème formel ou architectural ou encore d’un sujet d’esthétique ou d’équipement technologique ou de simple confort, mais bien d’analyser les modes de vie pour donner des réponses réalistes à des transformations sociales et économiques inéluctables ou choisies.Or l’offre de logements existante n’est pas adaptée aux réelles transformations de nos modes de vie. Son modèle conçu pour l’archétype de la famille n’a pas changé depuis une cinquantaine d’années.

Pourtant la famille, elle, s’est considérablement transformée.

                               

Sa structure n’est plus unique et de plus instable. Les familles monoparentales, les familles recomposées à géométrie variable, selon que les enfants de l’un ou de l’autre sont présents, les personnes âgées souvent dépendantes, sont autant de structures qui ne sont pas prises en compte dans la typologie des logements.  Le rôle même des personnes la composant a évolué. La cuisine ne peut plus être le lieu dévolu à une seule personne, les chambres ne sont plus des chambres à coucher mais aussi des séjours, le séjour n’est plus le lieu de regroupement de la famille, mais parfois aussi un lieu de travail etc.

La difficulté est qu’il n’y a pas de modèle unique qui permettrait alors de concevoir différemment le logement, avec une autre organisation , répartition, affectation des espaces. La seule solution est la flexibilité, la possibilité de transformation, d’adaptation soit à des modèles familiaux différents selon la succession des habitants, soit à des usages et évolutions à l’intérieur d’une même famille. Le logement devrait se caractériser par sa surface, ou mieux son volume plutôt que par le nombre de pièces qui le composent, et sa valeur déterminée entre autres par sa capacité à être transformé, rapidement et à moindre coût.                 Cette nécessité de flexibilité du logement rejoint une autre considération relative aux transformations économiques et sociales des dernières décennies. Il s’agit de la " dépatrimonialisation " des bâtiments en général et du logement en particulier. Si le logement se transmettait autrefois de parents à enfants et constituait un bien important en valeur financière comme sentimentale, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Ce n’est plus un patrimoine géré avec la conscience de sa pérennité et de sa transmission, c’est un bien comme un autre, un bien de consommation, de valeur marchande plus que de valeur d’usage. L’objectif est sa " liquidité ", c’est -à -dire sa capacité à circuler, s’acheter, se vendre, se louer, le plus vite possible et au meilleur prix. Que l’on soit dans sa conscience, son éthique, ses valeurs culturelles, en accord ou pas avec cette manière de concevoir le logement, c’est une réalité que l’on ne peut nier.                                                               

               

La capacité d’adaptation du logement à des besoins autres est là aussi une condition nécessaire à sa " liquidité ".

               

Mais au -delà même de la transformation d’un logement de type " x " en un logement de type " y ", le logement initialement conçu comme tel doit pouvoir accueillir d’autres activités. La flexibilité du bâti en général est une qualité qui commence à être développée dans certains pays pour faire face à un marché difficilement prévisible et donc une difficulté à planifier  dans l’aménagement du territoire ce qui sera des espaces à destination de logements, de bureaux ou d’activités. Par exemple des parcs de stationnement sont construits en Allemagne en superstructure et non -enterrés, sur une trame de 5+6+5 qui permet également d’accueillir des espaces de bureaux. L’hyperspécialisation des bâtiments que l’on a pu constater jusqu’à ce jour, jusqu’à créer des modèles, au demeurant très rigides, d’architecture, en particulier dans le tertiaire, se verra très certainement rejetée dans les années à venir puisqu’elle fige le bâti dans un usage unique.

               

La politique, initiée dans les années soixante de planification, de zoning urbain, de détermination d’usage défini dans les infrastructures et le bâti est obsolète. Seule la plus grande mobilité pourra répondre à des besoins volatiles, incertains voire indéfinis.

               

C’est certainement un des moyens les plus sûrs pour laisser les générations futures répondre à leurs besoins, ce qui est la définition du développement durable.

Peut - on alors associer une image au logement du futur, une forme, une architecture ? Comment répondre formellement, comme doivent le faire les architectes, dans une telle perspective de transformation du bâti ? A l’évidence, dans le seul aspect stable, certain, pérenne de la construction, et qui fait sa différence avec un bien de consommation habituel, mobile. Dans la seule contrainte immuable : le site. Le site, dans sa géographie, son climat. Sûrement pas dans les aspects culturels qui eux aussi sont en évolution constante compte tenu du brassage des populations et de la multitude de modèles culturels existants. Mais dans l’immuable.

               

La nécessaire réduction de nos consommations énergétiques par exemple nous conduit, nous conduira, à reconsidérer l’enveloppe de nos bâtiments en premier lieu mais aussi leur structure même. La prise en compte du climat par une architecture intelligente et dans un esprit d ‘économie de moyens ne peut que ré -ancrer les bâtiments dans leur site et donc dans une spécificité locale, bien différente des formes imposées par les règles d’urbanisme ou de protection du patrimoine.

               

A la question de la forme du logement du futur, je répondrai donc : un espace sans usage prédéterminé, totalement flexible, mais dont la structure même renouera avec les archétypes régionaux, de manière très contemporaine mais unique en chaque lieu.

               

Loin de se traduire par des bâtiments répétitifs, tramés, modulaires, tels que certains ont été conçus dans les années soixante-dix, ils seront tous différents développant des volumes, des proportions adaptées à l’environnement dans lequel ils se trouvent, que cet environnement soit urbain ou naturel. Leur géométrie, leur forme, leurs façades seront adaptées aux contraintes fonctionnelles et climatiques, topographiques, géologiques, etc.

               

Ce seront des espaces à vivre, créant des milieux favorables à l’épanouissement du groupe d’individus qui l’habiteront et qui pourront alors se l’approprier facilement. Ce seront des bâtiments " réactifs " : Leur intérieur s’adaptera aux modes de vie, leurs façades se transformeront selon les contraintes de l’environnement, réagissant aux conditions extérieures, tantôt protectrices, tantôt ouvertes à l’espace collectif.

Souhaitons qu’ils deviennent ainsi avant que trop de structures figées ne soient autant d ‘espaces un jour délaissées, nouvelles friches encombrantes, gaspilleuses d’espaces et d’énergie devenant des ghettos pour les populations défavorisées comme nous l’avons déjà vécu avec certaines constructions des décennies précédentes.

               

Illustrations : Quelques photos de bâtiments réalisés par FHJ avec des légendes spécifiques : Maison à Vaise : Sous le grand toit en textile, la maison est construite en panneaux légers de bois permettant une modification aisée de son enveloppe et son extension à l’étage.

Drakkar : Les logements, construits en un temps record sont modulaires. Centre de Formation à Herne- Sodingen : Dans la grande serre de 13 000 m2, les logements des stagiaires tout comme les autres bâtiments sont construits en bois, abrités des intempéries dans un micro climat protégé. Ce sont des constructions intérieures modifiables  aisément.

Le Bureau : le bâtiment est conçu pour accueillir aussi bien des logements que des bureaux. Actuellement les quatre premiers niveaux sont équipés en bureaux les deux derniers en logements.

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