Depuis 1980, FH Jourda a orienté son travail vers l’architecture environnementale, dénommée alors: solaire, passive ou écologique. Associée alors avec Gilles Perraudin, elle réalise alors la première double façade climatique en Europe pour l’Ecole d’Architecture de Lyon, et une " école économe en énergie " à Cergy Pontoise.
Cette sensibilité particulière aux problèmes énergétiques, alors reconnue et développée en Allemagne lui permet également de construire des maisons expérimentales à Stuttgart dans le cadre d’une exposition internationale.
Dès le milieu des années 80, l’agence met en place les premiers concepts qui deviendront les bases d’une approche plus généraliste dite aujourd’hui environnementale ou “HQE”. La maison à Vaise démontre qu’il est possible de construire avec un budget réduit un bâtiment dans un jardin totalement préservé, en quelques jours, et d’induire des modes de vie en contact étroit avec la nature.
De manière générale, une démarche écologique doit s’attacher à traiter les problèmes environnementaux dès l’origine du projet et en particulier au niveau du choix du site, de l’implantation et des volumes construits, de l’orientation et de la prise en compte des données climatiques, de la préservation des espaces naturels, de la maîtrise des modifications topographiques et de celle de la gestion des nappes phréatiques et des eaux de ruissellement.
Minimiser les impacts, respecter les équilibres naturels et l’économie rurale sont des objectifs essentiels qui ont été à la base de l’intervention de l’agence pour les ouvrages d’art de l’autoroute A51. Mais ce fut avant tout la recherche d’un tracé optimisé du point de vue de son impact dans le paysage qui a orienté le projet.
A Krefeld (Allemagne), les 170 000 m2 de l’Entertainment Center sont regroupés pour préserver les espaces agricoles et les intégrer dans le nouveau concept paysager. De la même façon, l’aménagement du Centre Technique de Rugby à Marcoussis permet la collecte des eaux de pluie des toitures, des eaux de ruissellement du site et surtout des drainages des terrains de sport pour les déverser dans des bassins dépolluants constituant des étangs où faune et flore peuvent se développer naturellement.
La préservation de la végétation existante et de biotopes spécifiques sont essentiels tout comme les création d’espaces verts complémentaires créant des micro climats spécifiques.
A Prevessin, les logements s’inséraient dans un parc. A Marcoussis, l’hôtel se glisse entre les rangées d’arbres centenaires.
A Herne Sodingen, le Centre de Formation du Ministère de l’Intérieur s’implante lui sur des sols fortement pollués, qu’ils faut décontaminer et replanter. La végétation pionnière est encouragée pour recréer l’humus disparu sous les scories. La reconquête de sites urbains minéralisés est aussi un sujet d’actualité dans le cadre du développement durable des villes européennes.
Celle des Berges du Rhône, sur près de 5 km permettra la création d’un parc urbain au cœur de la ville.
Mais au delà de l’élaboration de nouvelles solutions pour développer harmonieusement durablement les sites déjà bâtis ou vierges, c’est l’architecture elle-même qui doit se transformer pour répondre aux objectifs de préservation de notre environnement. La création de micro-climats protégés, d’espaces tampons intermédiaires, de façades réactives à l’environnement sont autant de thèmes de développement d’une écriture architecturale spécifique et qui, loin de contredire les objectifs fonctionnels du programme permettent de satisfaire une recherche de nouveaux modes d’habiter ou de travailler.
Le Lycée international de Lyon développe 8 000 m2 de toiture plantée protégeant les espaces collectifs de la Cité Scolaire qui s’ouvre au contraire largement pour les espaces de classe sur les rives du confluent du Rhône de la Saône.
Ces espaces protégés en prolongement des logements peuvent devenir des lieux de vie collective ouvert sur la nature environnante , très doucement inscrits dans le paysage. La maison serre, celle de Lyon Vaise ou les logements d’étudiants en témoignent.
Le projet à Herne - Sodingen qui accueille le Centre de Formation du Ministère de l’Intérieur est un manifeste à cet égard. Financé en partie grâce à des fonds européens, il a fait l’objet d’un contrat de recherche sur deux ans avec des partenaires français, anglais, suisses et allemands.
Elément central du pavillon allemand lors de la Biennale de Venise de 1996 , l est une réalisation manifeste dont la maquette a accompagné le gouvernement allemand lors du sommet de Kyoto en témoignage des démarches de ce pays pour contribuer à la sauvegarde de la planète : Une serre de 13 000 m2 recrée naturellement un micro-climat dont la courbe annuelle des températures est similaire à celle de Nice. Reliés à une station météorologique installée sur le site, les panneaux vitrés de la serre s’ouvrent et se ferment en fonction des nécessités de gestion du climat intérieur. Cette serre abrite une série de bâtiments publics et privés,construits en bois et qui bénéficient de ce microclimat, abrité du vent et de la pluie naturellement réchauffé en hiver par l’effet de serre.
Les espaces publics extérieurs mais protégés par l’enveloppe microclimatique sont ainsi investis en toute saison. Des terrasses sont aménagées le long du bassin intérieur et des plantes méditerranéennes se développent : chênes verts, oliviers, chamérops, mimosas. La Haute Qualité Environnementale nécessite de réfléchir autrement et de manière transversale. Elle se nourrit de la compréhension des usages ,ceux des utilisateurs du bâtiment, mais aussi de ceux liés aux interventions ultérieures pour la maintenance, l’entretien, les modifications dans le temps du projet puis du bâtiment.
Le bâtiment pour l’Hôpital Privé Jean Mermoz est conçu avant tout pour le patient. Même à l’intérieur de la réglementation stricte hospitalière, il est possible d’associer technicité de la médecine et humanité, circuits rapides et compacité et éclairement naturel, efficacité des soins et bien être des malades. Le deuxième niveau, celui du plateau technique, est recouvert d’acier inoxydable et est planté d’un grand jardin sur lequel sont construits les pavillons en bois de l’hébergement.
Si l’architecture est nécessairement différente pour répondre à aux préoccupations environnementales, ceci passe avant tout par l’intelligence des enveloppes. Le projet de façade désignée par FH Jourda pour la société Technal permet d’adapter la façade à toutes les situations climatiques : protection, ouverture, ventilation, espaces tampons… Une façade ne peut plus se réduire à une peau vitrée transparente. La question des énergies renouvelables est aussi majeure. Le choix de l’orientation du bâtiment, la maîtrise des apports solaires constituent les premières bases de réflexions. La création d’espaces tampons ou de microclimats protégés est une deuxième étape. L’utilisation de l’effet de serre (solaire passif) apporte des gains énergétiques importants. Mais il est possible de profiter des apports plus directs par le biais de panneaux de cellules de photovoltaïques comme à Herne Sodingen (10 000 m2, 1 mégawatt de production) ou à Bordeaux pour le Musée Botanique en cours de construction (750 m2 intégrés aux serres).
Enfin les matériaux constituent un objet de réflexion importante dans le cadre cette démarche environnementale. L’utilisation du bois est un atout majeur pour atteindre les performances en matière de réduction des émissions de CO2 et SO2. La halle de marché de la place du 8 Mai 1945 à Lyon (trophée de l’aménagement urbain 2003), le bâtiment à Herne bien sûr, le Musée à Bordeaux, la maison dans les Alpes, sont autant de témoignages qu’une architecture de facture contemporaine n’est pas forcément liée à l’utilisation du verre et de l’acier comme seuls composants possibles. Cette démarche doit s’appliquer avec la plus grande rigueur, mais aussi la plus grande imagination jusqu’au détail de construction.
Le projet de recherche mené par FH Jourda avec le CTBA et le CSTB sur le verre collé sur bois contribue à rechercher des solutions " durables " à la construction contemporaine.