Dans quelques décennies, voire quelques années, 80 % de la population mondiale sera urbaine. L’exode rural, l’abandon des espaces hostiles par leur climat ou leur insécurité, conduisent inévitablement à une explosion démographique de nos villes. En France l’augmentation " naturelle " de la population, l’immigration, ajoutée à la désertification des campagnes conduisent la capitale et les grandes métropoles à devoir accueillir des centaines de milliers d’habitants supplémentaires chaque année. La moitié Sud de notre pays, est devenu un lieu de villégiature prisé de toute l’Europe maintenant élargie.
Ce phénomène a conduit les municipalités ou les agglomérations à augmenter, au coup par coup, c’est à - dire au fil des ans et sous la pression des demandes, les territoires constructibles, parfois sans se préoccuper des dommages ainsi occasionnés à l’équilibre écologique ou même en urbanisant des espaces dangereux pour l’habitat (zones inondables).
Pourtant, et alors que les mots " développement durable " sont à la mode et contribuent à faire vendre n’importe quel produit sous prétexte d’un " habillage vert ", bien peu d’études s’intéressent au sujet du développement des villes sous cet aspect.
En dehors des problématiques de réduction des consommations énergétiques et des émissions de gaz à effet de serre, problématiques qui trouvent leur réponses dans l’architecture proprement dite et dans la réduction à tout prix de la circulation des véhicules polluants (voitures personnels, transport de marchandises), il existe quelques " consignes " de base qu’il nous faudrait respecter de toute urgence :
D’abord la densité : il n’est plus possible à moins d’inconscience face aux dangers que court notre planète, d’étendre nos villes sans limites. Il faut stopper le gaspillage des territoires naturels, plantés. Il faut arrêter l’augmentation des distances entre lieux de travail, de logement et de loisirs, créant par le zoning des villes des ségrégations sociales dont on connaît aussi le coût, et augmentant encore les transports et la pollution conséquente.
Ensuite la mixité : mixité des populations, mixité des fonctions urbaines, permettant là aussi de réduire le coût environnemental des transports (représentant 40% des émissions de CO2 et SO2).
Enfin la flexibilité :Il faut pouvoir répondre aux transformations futures de la ville, supprimer la mono fonctionnalité de nos bâtiments et des infrastructures, accepter que l’Autre, celui des générations futures, puisse avoir des besoins différents.
Bien des projets de développement de villes vont à l’encontre de ces trois principes pourtant évidents quant à leur capacité de générer les prémices d’une ville durable, tout au moins d’éviter la dégradation de notre environnement urbain et non- urbain (puisque l’un contamine forcément l’autre).
Densifier les villes, c’est profiter de tout espace libre en surface et en sous-sol, c’est économiser l’espace, préserver et augmenter les espaces verts en augmentant la densité de chaque parcelle. Rendre la ville mixte et flexible, c’est renoncer aux zoning de nos POS et PLU et maintenir l’équilibre entre logements et activités, commerces et bureaux ou espaces culturels et de loisirs. C’est surtout toujours imaginer que ce que l’on aménage et construit aujourd’hui doit pouvoir être modifié demain, occupé autrement, densifié encore.
C’est penser que nous ne sommes pas infaillibles et que nous devons concevoir des projets et des aménagements qui répondent " aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs ".
Comment prendre ces garanties, celles de ménager ce futur ? Quels critères d’évaluation des projets urbains mettre en place pour déterminer s’ils sont ou non " durables " ?
L’un des moyens est celui des études prospectives. Etudes prospectives à long terme, selon des hypothèses de transformations quantitatives mais aussi qualitatives de nos modes de vie. Elles n’existent plus. Les projections dans le futur, parfois qualifiées d’utopies, ont cessé dans les années soixante dix, comme si le pragmatisme interdisait l’anticipation. Comme si la pensée concrète s’opposait au désir…..
La conséquence en est l’absence cruelle d’images de références, images de ce que l’on pourrait créer comme lieux de vie dans les décennies à venir. Au delà de 10 ans, le vide… ou la catastrophe.
Les travaux, les maquettes d’étude, réalisés par les 15 concepteurs invités à réfléchir à réfléchir sur le devenir d’une partie du Nord de paris et de sa périphérie, à l’occasion de la Biennale Internationale d’Architecture de Venise nous découvrent des futurs possibles, probables en 2014, 2034 et 2064. Ces simulations successives de développement, nous montrent des images esquissées de ce que pourrait être une ville dense, très dense et pourtant équilibrée et respectueuse de l’environnement. Des images qui sont loin des plans de composition urbaine qui sont développés aujourd’hui, qui montrent une ville organique, réactive, épaisse.
Ces projets ne donnent pas de solutions évidentes. Ils posent des questions, celles des conséquences de la suppression de la circulation automobile, de l’acceptation de populations immigrées, de nouveaux moyens de transport, de nouveaux types d’habitat, de la création d’espaces de régénération de la qualité de l’air, des nouvelles énergies, de la protection et de la conservation de l’eau ou de l’utilisation des déchets, de l’agriculture urbaine et même de l’élevage !!
Il est urgent d’inventer un projet de ville, d’abandonner les schémas de la cité du XIXème siècle, de faire face sérieusement aux enjeux du développement durable en développant la ville non pas pour répondre uniquement à nos besoins immédiats mais en essayant d’anticiper sur les besoins des générations futures. Il faut rétablir le droit à la prospective, avoir le courage de rêver, de proposer le difficilement acceptable aujourd’hui pour préserver l’épanouissement des autres, plus tard.
Ce n’est pas le futur à 20 ans qu’il nous faut explorer, mais celui de 2080 ou de 2 100. Tester, simuler, faire des hypothèses, évaluer, avoir le courage de l’imagination, voire de la provocation. Cette ville dense, mixte, flexible, durable, il nous faut l’inventer aujourd’hui.